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Luc Defontaine - Peinture et gravure

Plaisir enfantin "d'enlever la peau, pour voir", qui pourrait le rapprocher des incisions que pratiquait Lucio Fontana.
Cataplasme de pâte sèche vaguement argileux appliqué puis retiré d'un mal que lui seul connaît. Nécessité d'effacer par un grattage énergique, jusqu'à l'apparition de la toile, alors que d'autres cultivent les "remords" en accumulant les films de couleur, nourrissant ainsi des "dessous "dont ils attendent un enrichissement de matière. Quelles que soient les hypothèses, les peintures de Luc Defontaine font mieux que s'en accommoder, elles sont constituées par cette sorte de va et vient (que l'observateur découvre progressivement) entre la couche peinte et le support rendu visible. Cette part donnée à la toile sans apprêt, au silence du lin n'est pas le moindre de leurs charmes. A quoi vient s'ajouter une certaine maigreur (et cette fameuse matité) qui les font paraître à la fois plus vulnérables et plus présentes, plus fortement liées, attachées au " monde matériel", en d'autres termes et il s'agit d'un paradoxe : plus résistantes. Michel Danton / 2018
Luc Defontaine découvre la peinture très jeune, fait ses études aux beaux-arts de Caen, aujourd'hui il vit et travaille à Périgueux. Il est très vite attiré par les expressionnistes abstraits américains comme Jackson Pollock, William de Kooning. Ses rencontres avec les fresques romaines nourrissent ses 1ères peintures - Ce temps qui passe - qui efface inexorablement - ne reste que des bribes du passé - quelques traces. Même abimée, nous sommes sous le charme, la fresque n'a pas perdu de sa force, bien au contraire, elle porte et nous délivre un message, résistance...Elle nous laisse une trace et nous dévoile ses douces tonalités, ces empilements de matières, déposées énergiquement sur la toile de lin de la maison Marin à Paris. Il existe un contraste fort entre ce que nous ressentons de l'œuvre de Luc Defontaine et le vrai combat physique qu'il livre en cachette, le geste sûr et délivré avec une vive énergie ! Seules restent ces matières, ces pigments aux tons pastel. Les violines presque lilas, les jaunes tendres, les verts jardin, les roses bonbon et les bleus de ciel légèrement voilés d'un léger film laiteux toujours mat. Ces couleurs s'imposent sans qu'une ne fasse tache et sans artifice ! La peinture de Luc Defontaine s'encroûte un peu comme des couches archéologues, un millefeuille stratigraphique qui finit par faire disparaître en partie, voire entièrement un paysage, un portrait, c'est ce qu'il nous dit… enfouir puis écrire une nouvelle histoire comme un palimpseste ! Pourtant l'œuvre de Luc Defontaine nous semble résolument abstraite. Puis il vient avec une spatule, décolle, gratte, arrache et met à nu des fines trames de toile brunâtre. C'est le moment où Luc Defontaine déconstruit, détoure. Peindre ne suffit pas à Luc Defontaine, quand tout semble fini pour nous, sa peinture lui parait trop sage alors il intervient dans une gestuelle qui lui est propre. Que veut nous dire Luc Defontaine, que l'absence de matière nous renvoie au vide, à l'absence, au questionnement de ce qu'il y a derrière la toile, derrière le miroir ? et nous dans cette marmelade picturale ? Enfin sa peinture lui ressemble, sort du cadre et prend vie, car elle se nourrit toujours du passé, c'est un cycle, une grande circonvolution pour revenir à l'essentiel, au point de départ, on est ce qu'on est, non ? Le peintre ne date jamais sa peinture c'est un signe......
Luc Defontaine c'est la force tranquille. Sa discrétion, son humilité ne l'empêche pas d'avancer sans se retourner. De son œuvre, il ne conserve que l'essentiel, inutile de charger sa besace et de brouiller les pistes. Luc Defontaine présentera à Ligueux-en-Périgord, "chez Simone" son œuvre gravée. D'une main efficace il attaque le zinc avec un simple burin et nous met en scène des personnages d'un expressionnisme délicat. Thierry Bucquoy